jeudi 19 mars 2009

Après un long silence...

...ces dernières semaines ont été assez chargées, me voici de retour sur mon blog ! Je ne vais pas pouvoir tout vous raconter, mais je vais essayer de vous donner un aperçu de ce qui a pu me marquer, me surprendre ou me choquer :

Depuis le début de l’année, mon poste a un peu évolué, et outre le travail que je fais auprès des filles à Balanga, je me rends désormais au moins une fois à Manille pour assister les garçons dans une activité de vente de fruits qui leur permet d’économiser de l’argent afin de financer leurs études. En gros, je contribue à organiser les ventes elles-mêmes, aux sorties d’églises le plus souvent, accompagne parfois les garçons et essaie de leur donner des conseils pour vendre plus, organise les livraisons lorsque nous avons des commandes, et c’est moi qui collecte les sous ainsi gagnés par les garçons et m’assure que tout s’est bien passé.
Ainsi la semaine dernière, nous avions envoyé les garçons livrer des mangues, et en fin d’après-midi, je commençais à m’inquiéter de ne pas en voir rentrer un. Lorsqu’enfin il a réapparu, avec une bonne heure de retard, il me raconte qu’il a été victime d’un "hold-up" : un homme l’a suivi alors qu’il se rendait aux toilettes, et lui est tombé dessus avec une espèce de bâton pour le frapper, et lui voler son argent. Malheureusement pour l’agresseur, il était tombé sur un pro des arts martiaux, et s’est fait renvoyer dans le décor illico presto. Donc globalement, à part des poings un peu endoloris pour le garçon du programme, tout est bien qui fini bien. Pour cette fois en tout cas.
Cet épisode m’a fait réaliser que ces garçons, de part le milieu dans lequel ils vivent, risquent leur vie tous les jours, et peuvent très bien se prendre un coup de couteau ou une balle dans la tête demain. Tous ont, ou ont eu des relations peu recommandables, dans des gangs par exemple, dont la violence est légendaire, et même pour de simples problèmes de voisinage, on préfère souvent frapper avant de parler, ce qui engendre des drames malheureusement trop banalisés. Et me dire que ce garçon, que je considère comme les autres un peu comme un petit frère, aurait pu mourir, là, alors qu’il était plus ou moins sous ma responsabilité, me donne véritablement la chair de poule…
On sent d’ailleurs que nombreux sont les garçons dont on s’occupe qui ont le sang chaud : même s’ils sont tout à fait charmants et semblent « normaux », on sent, et parfois on voit, que dans certains conditions, un rien suffit pour mettre le feu aux poudres et les faire sortir de leurs gonds. Les hommes philippins sont excessivement fiers, et toute atteinte à leur fierté risque de se faire payer par les poings…
Et pourtant, malgré cela, ils veulent vraiment changer de vie : ils veulent apprendre, aller à l’école, trouver un travail, gagner leur vie honnêtement. Je commence à me rendre compte des difficultés qu’ils doivent surmonter pour y arriver s’ils doivent véritablement se battre tous les jours pour rester en vie…

Un visiteur (qui se reconnaîtra sans doute) m’a fait remarquer il y a quelques semaines qu’il n’y avait pas tant de personnes que ça qui semblaient vivre dans les rues, en comparaison avec un pays comme l’Inde par exemple. J’ai une explication partielle à cela…
D’après ce qui m’a été raconté (et je n’ai aucune raison de douter de la véracité de ces propos), les têtes politiques de Manille (maire, présidente…) ont décidé de « nettoyer » les rues de Manille.
Voici la méthode : des bus parcourent les rues de Manille et embarquent les familles qui y vivent. Elles sont déposées dans un centre qui vise justement à accueillir les familles des rues. Jusque là, ça va…
Là, on demande aux familles de laisser le peu d’affaires qu’elles possèdent, en gros il ne leur reste que leurs haillons sur le dos, et sont à nouveau embarquées dans des bus, de nuit cette fois. Et ce sont donc des bus complets qui quittent la ville vers la province, et après s’être éloignés le plus possible de Manille, déposent des familles entières, dépossédées de tout, au milieu des champs, au petit matin, et s’en vont, les abandonnant au milieu de nulle part.
Voilà donc comment Manille veut paraître comme une ville « propre ». Difficile de croire que de telles pratiques soient humainement possibles de nos jours, et pourtant…

Je vais m’arrêter là pour aujourd’hui, il y aurait pourtant tellement à dire… Mais je vous en garde un peu pour une prochaine fois !